Cet article fait suite à un courrier que j’ai reçu, émanant du MAN : mouvement engagé dans la non-violence par des actions de formation des jeunes et adultes. « A Meaux un collégien est mort suite à une altercation dans un collège situé en zone d’éducation prioritaire… »
« C’est une situation banale de bagarres dans un collège, dont l’issue est malheureusement tragique… » A-t-on pu lire dans plusieurs articles.
Nous sommes tous très touchés par cet événement. Nous ne connaissons pas Carl, ni sa famille, ni ses camarades, mais cette mort nous interpelle particulièrement car elle est justement « l’issue tragique » de ces relations qualifiées de « banales » que vivent hélas trop souvent les enfants et les jeunes, sans que nous, adultes, nous prenions toujours la mesure de la gravité de la situation.
Cette issue tragique aurait pu se dérouler dans tous les établissements scolaires de centre-ville ou de banlieue. Et souvent il n’y a même pas une conscience claire de la dangerosité de ces « jeux ».
Tous les jours, dans les établissements scolaires, les enseignants peuvent constater et témoigner que certains jeunes subissent des violences de la part de leurs camarades sans qu’ils puissent en parler ou être entendus lorsqu’ils tentent de l’exprimer. Il faut aller en cours lorsque la cloche sonne et le programme est prioritaire.
La question est parfois évoquée épisodiquement dans la classe lors de la préparation du conseil de classe, sous la forme d’une question écrite posée aux élèves : « avez-vous été victime de violence ? » On y consacre 5 minutes !
Certes, un règlement interne existe dans tous les établissements mais, n’est-il pas nécessaire d’envisager une véritable formation au respect de soi et de l’autre ? Il me semble indispensable de permettre le « droit à la parole » dans chaque classe – notamment pour les plus fragiles.
Devrons-nous contenter longtemps de mots au risque de voir se répéter de tels drames ? La société n’aurait-elle pas à y gagner lorsque ces jeunes seront adultes ?
Comment nous adultes, sommes-nous attentif aux difficultés que vivent nos enfants et nos jeunes ? Quelle vigilance avons-nous lorsque des doutes peuvent apparaître ? Que mettons-nous en place pour leur permettre de s’exprimer malgré leurs peurs ?
Il est urgent de réfléchir sur ce que nous proposons pour la construction des leurs repères et sur les possibilités d’agir sur cette violence au quotidien qui empoisonne la vie de tous. L’interdit de violence, sous toutes ses formes, étant une loi fondamentale pour pouvoir vivre ensemble.
Ne pourrait-on pas envisager une heure de vie de classe sous la responsabilité du professeur titulaire ? Une heure qui ne soit pas prise sur le temps d’enseignement comme cela l’est actuellement dans les établissements qui l’ont instituée. Une heure qui constitue :
- Un apprentissage à l’écoute et à la prise de parole devant un groupe : ras-le-bol des remarques sur « les élèves timides », « les élèves influents »… qui ne sont que des constats.
- Un temps de parole où parfois garçons et filles seraient séparés pour exprimer leurs ressentis.
- Un temps de parole organisé avec des groupes dans lesquels il est plus facile de d’exprimer devant 10 élèves que devant 30.
Au moment où les restrictions budgétaires se font de plus en plus pressantes, les gouvernants, les ministres de l’Education nationale et du budget doivent effectuer des choix positifs pour préparer l’avenir. Ce n’est pas seulement en réduisant le nombre d’adultes intervenant près des élèves que nous construirons l’avenir.
Quand verrons-nous une formation des enseignants qui ne soit pas seulement disciplinaire (par matière) ? Quand sera donnée aux enseignants une formation à un rôle éducatif « primordial »?
Heureusement tous les Carl que nous rencontrons n’ont pas de malformation cardiaque, mais ils vivent les mêmes chocs émotionnels, les mêmes peurs, les mêmes souffrances lorsqu’ils sont dans des situations où leur intégrité physique ou psychologique n’est pas respectée.
Pour que les situations de bagarre, ou de « jeux violents » ne soient plus qualifiées de banales. Faisons en sorte de sortir de l’impasse qui nous attend.