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LES ENFANTS AVANT TOUT 

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RUE DU BONHEUR

 

Texte Libre

2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 11:01
Le conte de la petite huître
qui bougeait beaucoup en classe.
                  Il était une fois une petite huître qui bougeait beau-coup en classe, ce qui inquiétait ses parents. Au pays des huîtres, les parents sont toujours inquiets quand leurs enfants ne rentrent pas dans le moule de l'école ! Oui, oui, il existe un endroit dans lequel on met les enfants plusieurs heures par jour en leur demandant de garder le silence, de ne pas bouger, d'apprendre à lire, à écrire, à compter. Pour certains enfants, le moule est parfait, ils grandissent dedans et même épanouissent leurs qualités et leurs ressources. Mais pour d'autres, c'est plus diffi­cile, ce moule leur paraît trop étroit, contraignant, ennuyeux et pour tout dire un peu étouffant.
      Le moule, lui, n'est pas très souple. Au pays des huî­tres, certains enseignants comprennent cela et sont tentés d'aménager un peu ce qui se passe dans l'école, mais d'autres au contraire se sont complètement identifiés au moule dont ils ne sont jamais sortis. Comme enfants et adolescents, ils ont passé près de vingt ans dans le moule, puis comme enseignants, suivant leur âge entre dix et quarante ans ! Ils ne peuvent pas le changer ou l'amé­liorer.
                   La maman de cette petite huître était très embêtée. Depuis quelques années elle portait sur son front une étiquette dans laquelle elle se sentait enfermée et peu reconnue comme une adulte responsable. Sur cette étiquette il y avait marqué : « Parent d'élève ».
       Quand elle assistait à des réunions à l'école de sa fille, on faisait asseoir tous les parents d'élèves sur les petits sièges des enfants dans une classe vide et elle se sentait un peu infantilisée. D'ailleurs, chaque fois que des ensei­gnants lui parlaient de son enfant, elle se sentait comme prise en faute. Elle avait fait ou pas fait, elle avait dit ou pas dit, elle aurait dû faire ou ne pas faire...
                  Alors, pour se défendre, elle avait tendance, elle aussi, à mettre une étiquette sur les enseignants « bons » ou « mauvais », « caractériels » ou « sadiques », « rigides » ou « laxistes », « névrosés » ou « pervers »... Elle ne pouvait pas s'empêcher de penser et de porter des juge­ments de valeur sur les enseignants de sa fille, et ceux-ci devaient le sentir car ils s'en défendaient en parlant sur les carences, les défauts de l'enfant et de sa famille.
Ainsi le fait que cette petite huître avait beaucoup de vie en elle, que tout se passait comme si son corps était trop étroit pour contenir toute cette vie, tout cela deve­nait l'enjeu d'un conflit entre les enseignants et les parents.
Un jour sa grand-mère (qui ne portait pas l'étiquette « parent d'élève ») parla à la maman (qui était donc sa fille) :
« Moi je t'ai donné une graine de vie – et elle montra une belle perle bleue et l'offrit à sa fille. Ton mari et toi vous avez donné une nouvelle graine de vie à votre fille. Cette graine est si pleine de vitalité que son corps pour l'instant paraît trop petit pour l'accueillir, alors elle danse, elle saute, elle bouge sans arrêt à l'intérieur d'elle. C'est formidable ! Car il y a des enfants dont la graine de vie est très vite fatiguée ou toute petite et ne bouge pas beau-coup à l'intérieur. Ceux-là n'ont peut-être pas beaucoup de problèmes à l'école... Quand ta fille sera une femme, peut-être qu'à son tour elle donnera une graine de vie à un bébé et j'espère que cette graine n'aura pas été abîmée par le moule dans lequel on veut la faire entrer ! A la maison débarrasse-toi un peu de cette étiquette "parent d'élève", ose lui montrer tous les rôles qui t'habitent, maman, mère, ex-petite fille, épouse et amante, profes­sionnelle et surtout, le plus beau : artisane de ta vie... »
 
Je ne sais si la maman huître a suivi le conseil de sa mère, ce que je sais c'est qu'aujourd'hui, au pays des huîtres, le moule de l'école doit s'ouvrir et offrir au-delà des savoirs et des savoir-faire, du savoir-être, du savoir-créer et du savoir-devenir...
 
 
 Un conte de Jacques Salomé "Contes à aimer Contes à s'aimer" chez Albin Michel. Un Conte que j'ai voulu vous faire partager en vous lançant cette  invitation à découvrir les autres du même auteur. Merci aux illustrateurs anonymes (dessins trouvés sur Google images). IL FAUT ACHETER CE LIVRE ...
 
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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 23:50

 

Le silence est aussi un langage important.


Savez-vous que les parents castors sont terribles ? Ils veulent sans arrêt comprendre, expliquer, rassurer et surprotéger leurs enfants. Si l'un d'eux a une difficulté ou présente un comportement qui les inquiète, aussitôt ils se précipitent sur lui.

 

Si par exemple l'enfant devient muet ou colérique, s'il se met à faire des cauchemars ou encore à faire pipi au lit, alors ils décident immédiatement que tout cela doit s'arrêter, doit être supprimé, que « l'enfant doit aller mieux », comme ils disent.

 

Ils ne peuvent pas s'empêcher d'intervenir, les parents castors.

 

Ils ne savent pas la différence entre écouter, accueillir, entendre et agir. Ils se sentent obligés de comprendre et surtout ils veulent faire. Faire pour leur enfant, tenter de supprimer tout de suite la difficulté, le problème, la douleur.

 

Ils croient, les parents castors, qu'être parents, c'est dérouler tout de suite le tapis rouge pour éviter à leurs chers petits les violences de la vie.

 

Ils croient aussi, à partir de ce qu'ils pensent avoir compris, qu'il faut supprimer ce qu'ils vivent eux-mêmes comme « pas bon », « mauvais » ou « insupportable » pour leurs enfants. Ils sont terribles, les parents castors, je vous l'ai déjà dit.

 

Mais, depuis plus d'un siècle, la grande spécialité des parents castors, c'est d'éviter à tout prix que leurs enfants échouent à l'école des castors.

 

Ils veulent absolument qu'ils travaillent bien, qu'ils aient la meilleure note, qu'ils réussissent les concours les plus difficiles. Oui, oui, tous les enfants d'une même tribu se doivent d'avoir la meilleure note, les meilleurs résultats, la plus belle des réussites, « enfin surtout mes enfants... », pense chaque parent.

 

 

Le petit castor dont je veux vous parler avait des parents aimants, gentils, tendres, prévenants, un peu trop surprotecteurs, peut-être. Surprotecteur, ça veut dire qu'ils  pensaient sans arrêt à sa place, ce qui était bon ou pas bon pour lui.

 

Donc Michaël, c'était le nom de ce petit castor, avait été très protégé. Ses parents lui avaient offert un tach. Un tach, chez les castors, c'est un petit animal avec une fourrure douce, avec quatre pattes griffues, quelquefois des mous-taches et toujours deux grands yeux câlins, et qui ronronnait quand Michaël le prenait contre lui. Un jour, au retour de l'école, Michaël découvrit que le petit tach était mort.­

 

A partir de ce jour-là, Michaël avait refusé de parler. Il ne voulait plus parler à personne.

 

Il était devenu muet. C'est dur pour un petit castor d'être muet, car avant il aimait parler, bavarder, racon­ter plein de choses passionnantes sur l'école, sur ses jeux, sur ses copains.

Mais, depuis la mort de son ami tach, il ne parlait plus. Vous allez penser peut-être qu'il était triste, qu'il était en colère contre la vie, qu'il en voulait à ses parents de ne pas avoir su éviter la mort de son meilleur ami. Non, il ne parlait plus parce qu'il s'en voulait à lui-même d'avoir perdu son meilleur ami. Il disait tout au tach, il se confiait à lui le soir avant de s'endormir, il lui racontait ses rêves, ses projets :

 

Un jour je descendrai la rivière et j'irai jusqu'à la mer... »

 

Moi quand je serai grand, je deviendrai... »

 

Quand j'aurai appris à bâtir des barrages, je ferai le plus grand barrage, sur la plus grande rivière, dans la plus grande forêt, etc. »

 

Michaël était donc devenu muet parce qu'il se détes­tait. Il ne voulait plus parler à quelqu' un qu'il détestait autant. Evidemment ses parents l'emmenèrent chez le psycho-castor, puis chez le pédo-castor, puis chez l'oto­rhino-castor, puis chez l'homéo-castor puis chez un astrolo-castor. Ils voulaient que leur enfant se remette à parler, le plus vite possible.

 

Ah ! oui, j'ai oublié de vous dire que souvent les parents castors sont pressés.

 

Ce que son papa et sa maman n'avaient pas entendu non plus, c'est que le petit Michaël avait eu très peur que son papa meure aussi. En effet il avait pensé que si le petit tach était mort à cause de lui  parce qu'il l'aimait trop fort. Comme il aimait son papa, il avait craint que celui-ci ne meure aussi, se fasse écraser par un camion ou ait une crise cardiaque. Il avait un copain à l'école qui lui avait dit que son oncle « était-mort-d'une-crise­cardiaque, mort-d'un-seul-coup ». Debout sur ses deux pattes et puis couché sur le dos, le ventre en l'air!

 

Michaël avait même imaginé — mais cette pensée-là, à qui voulez-vous qu'il puisse la dire — que s'il n'aimait plus son papa et même sa maman, peut-être que ceux-ci ne mourraient jamais. Alors, avec son silence, il se forçait à ne plus aimer, à refouler tout au fond de lui le moin­dre sentiment d'amour.

 

Les enfants castors ont de drôles d'idées dans la tête, vous savez ! Ces idées tournent entre leurs deux oreilles et elles déclenchent des comportements que les parents ont du mal à entendre.

 

 

Un jour, peut-être les parents castors arriveront-ils à entendre. Ils apprendront à ne pas chercher à compren­dre, mais seulement à entendre que si un enfant castor devient muet, c'est qu'il a beaucoup, beaucoup de choses à dire. Tellement de choses... qu'il ne peut en exprimer aucune. Comment confier en effet à ses parents : « Je ne vous parle plus, parce que je ne veux plus aimer, comme ça au moins, vous ne mourrez pas ! »

 

Comment leur dire cela ?

 

De Jacques Salomé - Contes à aimer Contes à s'aimer. chez Albin Michel.

Illustration Castor de tête : Dominique de Mestral.

 

Pour vous donner envie .... de raconter celle-ci et plein d'autres dans ce livre.


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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 15:28

L' amour aveugle est souvent un amour violent.

                    

                 Il était une fois un petit pantalon de pyjama qui pleurait dans son coin, chaque matin. Il était tout chiffonné au fond d’un lit, et surtout très triste. Vous allez tout de suite me demander pourquoi il pleurait. Eh bien parce que toutes les nuits il était mouillé. Oui, il était mouillé par du pipi ! 

           Un matin je l’ai découvert qui disait : « Je ne veux plus être mouillé, je n’ai pas fait de mal, je suis gentil … je ne comprends pas pourquoi on me fait pipi dessus ! »
           Peut-être que vous croyez que je suis fou, vous allez me dire qu’un petit pantalon de pyjama ne peut pas parler ! Et vous avez raison. Il ne parle pas comme nous, mais il parle à sa façon. D’abord si on le regarde bien, si on le tient serré dans ses bras, si on met son oreille tout contre lui, eh bien, je vous l’assure, on entend des choses . Oh bien sûr, ce ne sont pas des mots, mais comment vous dire, ce sont des sensations, comme une musique triste.
          
         Vous savez, quand on veut bien se donner la peine de regarder quelqu’un, de le prendre dans ses bras, de respirer doucement, d’écouter comment son cœur bat, comment la vie circule en lui, on entend alors beaucoup de choses, plein de choses silencieuses. 
                    
Et justement je dois vous parler du petit garçon qui faisait pipi au lit toutes les nuits sur ce petit pantalon de pyjama. C’était un enfant très mal à l’aise, parce qu’il aimait son papa et même temps il était très en colère contre lui. Je vais vous l’expliquer.
 
         Ce petit garçon aimant sa maman et aussi son papa, mais un jour, quand il était petit, il avait vu son papa et sa maman dans un mouvement de colère taper sur sa maman. Oui, oui, lui donner une gifle et la maman tomber à terre. Cela l’avait beaucoup effrayé, il n’aimait pas dormir dans la même maison que son papa.
        Depuis ce petit garçon disait à tout le monde : » Mon papa a fait une bêtise, il a frappé ma maman… » mais tout au fond de lui, il avait surtout de la peine. Il voulait de tout son cœur que cela ne recommence plus.
        Que plus jamais son papa ne puisse frapper sa maman même quand ils n’étaient pas d’accord. Ce petit garçon ne savait pas encore que si on n’est pas d’accord, on peut quand même se parler, on peut utiliser les mots mais pas les coups pour se dire ce que l’on ressent. 
        C’était comme le petit pyjama, qui voulait qu’on lui parle, plutôt qu’on lui fasse pipi dessus.
 
        Je dois vous dire que si je connaissais un autre petit enfant qui faisait pipi dans sa culotte, mais lui dans la journée.
        « Je ne peux pas me retenir », disait-il, tout malheureux.
       Il était vraiment malheureux car il sentait bien qu’il décevait son papa, qu’il inquiétait sa maman.
       Il aurait tellement voulu leur dire qu’il avait peur qu’ils se séparent. Qu’il redoutait qu’ils se disputent et même qu’ils se fassent du mal quand ils parlaient un peu fort, l’un contre l’autre. Il les aimait très fort, c’était un enfant fidèle qui aurait voulu que ses parents s’entendent bien. Il les entendait le soir dans on lit se disputer, papa qui élevait la voix, maman qui pleurait. Lui il croyait que c’était à cause de lui.
 
       Peut-être un jour pourra-t-il parler de tout cela avec l’un ou l’autre de ses parents, peut-être pourra-t-il dire aussi toute la colère qu’il y a en lui de ne pas se sentir entendu pour des choses qui paraissaient  petites ou banales pour les parents, mais qui sont si importantes pour lui. 
       Je ne le sais pas, mais en attendant il dit beaucoup, beaucoup de choses avec son pipi dans sa culotte.
Un conte de Jacques Salomé "Contes à aimer Contes à s'aimer" chez Albin Michel. Un Conte que j'ai voulu vous faire partager en vous lançant cette  invitation à découvrir les autres du même auteur. Merci aux illustrateurs anonymes (dessins trouvés sur Google images).
 
 
 

 

 

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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 21:06

fLes vacances sont derrières.... Je me fais un plaisir de vous inviter à cette lecture JULIE CAPABLE de Thierry LENAIN  et à visionner le dessin d'animation de Julien NANTIEC. Un Elève en difficulté  fait parfois plus d'effort qu'un élève en réussite et il faut aussi savoir se montrer  bienveillant ... Un Enfant a besoin de temps, de pouvoir dire, de rencontrer l'élément déclencheur pour passer sa souffrance, son mal-être. Il faut rester optimiste. Enseignants et Parents apprennent .... quand les Elèves/Enfants grandissent.

 
 
JULIE CAPABLE ...
                 Julie Capable de Rien n'était capable de rien, c'était pour ça qu'on l'appelait comme ça. Quand Julie lisait, on lui disait applique-toi ! Elle répondait je suis pas capable. Quand on mettait un ballon à ses pieds, elle l'envoyait n'importe où, jamais où il fallait. On lui disait vise mieux ! Elle répondait je suis pas capable ! Quand on lui demandait de ranger les pots de peinture, il y en avait toujours un, le bleu ou le rouge, le vert ou le noir, toujours un pour tomber. Fais attention ! suppliait la maîtresse. Julie murmurait je suis pas capable. Quand il fallait colorier, le crayon débordait toujours et sur la feuille, les bonshommes se brouillaient. Fais un effort ! criait la maîtresse. Julie sanglotait je suis pas capable.
              Julie Capable de Rien n'était capable de rien, c'était pour ça qu'on l'appelait comme ça. A la marelle, aux billes, ou à l'élastique, elle ne gagnait jamais et perdait toujours. Les autres enfants se moquaient d'elle. Julie se réfugiait dans un coin de la cour, en pensant je suis pas capable. Les enfants la rattrapaient et l'encerclaient en chantant Julie capable de rien ! Julie capable de rien ! Julie pleurait. Les enfants tournaient de plus en plus vite, chantaient de plus en plus fort. Julie appelait Maman ! Sa maman ne venait jamais.


              Un soir d'hiver proche de Noël, à la sortie de l'école, les enfants bombardèrent la petite fille de boules de neige, puis s'enfuirent en riant. Ce soir-là, ce soir d'hiver proche de Noël, Julie Capable de Rien ne rentra pas chez elle. Elle marcha longtemps, laissant derrière elle les lumières de la ville. Elle marcha jusqu'au cimetière que seule la lune éclairait. Dans le cimetière, les tombes serrées les unes contre les autres, grandes ou petites, surmontées d'un ange ou d'une croix, étaient couvertes de neige. Julie n'en regardait aucune. Elle suivait l'allée qui menait à une tombe creusée à l'écart, un peu plus loin : la Tombe Muette. Le Tombe Muette n'était surmontée d'aucune croix, d'aucun ange. Julie s'agenouilla et, d'un geste, la débarrassa de la neige qui la couvrait. malgré le clair de lune, Julie ne put rien y lire : rien n'était écrit. A bout de forces, brisée, l'enfant s'allongea sur la pierre tombale glacée, et laissa le froid l'engourdir. Son cœur ralentit, puis battit si faiblement qu'il s'arrêta.


             Surgirent alors, des ténèbres du cimetière, six chats noirs. Ils s'approchèrent en silence de Julie, l'entourèrent, puis se couchèrent sur le corps transi. Peu à peu, le sang se réchauffa dans le corps de la petite fille, il se remit à couler dans ses veines. Tout doucement, son cœur se remit à battre. Une chatte s'approcha à son tour de la tombe. Elle s'allongea avec précaution contre le visage de Julie, et pressa ses mamelles gonflées contre les lèvres gercées. Quelques gouttes de lait nourrirent la bouche de l'enfant. Julie revint à elle.
             Les sept chats emmenèrent l'enfant dans une cabane, au fond du cimetière. Ils s'assirent devant elle, et le plus gros d'entre eux parla. 
- Tu t'appelles Julie et je te connais, dit le chat. Ta maman m'a souvent parlé de toi.
- Quand ? s'étonna Julie.
- Hier encore...
  
Les larmes jaillirent des yeux de l'enfant.
- Menteur ! Ma mère est morte !
- Nous sommes les Chats du Cimetière, Julie. Nous veillons sur les morts et leur parlons.
- Vous parlez même avec les morts des Tombes Muettes ? demanda Julie.
- Nous parlons avec tous les morts.
  
La petite fille hésita puis reprit : 
- Vous parlez même avec les mamans qui n'aimaient pas leurs enfants ?
- Je n'en ai jamais encore rencontré, répondit le chat. Je peux t'assurer que la tienne t'aimait beaucoup.
- Elle ... Elle vous l'a dit ?                             
- Oui, affirma le chat.
  
Julie réfléchit, puis murmura à elle-même : 
- Alors c'est moi qui ne l'aimais pas assez...
- J'étais tout à l'heure couché sur ton cœur, dit le chat. Je sais combien tu aimais ta maman. Je sais combien tu l'aimes encore aujourd'hui. Tu ne pouvais pas l'aimer plus que cela.
- Ce n'est pas vrai ! s'écria Julie. Si je l'avais aimée plus fort, elle ne serait pas morte !
- Tu te trompes, Julie. même si tu l'avais aimée autrement, elle serait morte. Tu étais alors, comme aujourd'hui encore, capable de beaucoup de choses, mais tu n'avais pas le pouvoir de maintenir ta maman en vie. Aucun enfant n'aurait pu le faire.
  
Après un long moment de silence, Julie demanda au chat : 
- Est-ce que tu sais pourquoi elle a appelé la mort ? Pourquoi elle n'a pas attendu d'être vieille ?
- A cause d'une histoire qu'elle cachait au fond d'elle, répondit le chat. Une histoire poison, qui était là depuis longtemps, bien avant que tu sois née.
- Quelle histoire-poison ?
- Une histoire longue, une histoire douloureuse, une histoire empoisonnée qu'elle n'a pas réussi à cracher à temps. Son histoire à elle...
  
Le chat laissa passer un nouveau silence avant d'ajouter : 
- Il est tard maintenant. Il faut rentrer Julie. Reviens nous voir de temps en temps.
  
Ainsi prit fin la conversation.
  
Les passants qui pressaient encore le pas dans la ville, cette nuit-là, trouvèrent bien étrange cette petite fille qui remontait les rues, entourée de sept chats.
Une fois dans son lit, Julie s'endormit. Elle dormit longtemps, deux jours et trois nuits, elle dormit longtemps, rien ni personne ne put la réveiller.

            Au troisième matin, Julie se leva et s'habilla. Avant de partir pour l'école, elle fouilla dans un tiroir et en sortit deux photos. La première était une grande photo où sa maman souriait. La deuxième était une petite où elle pleurait. Julie les punaisa l'une sur l'autre au mur.
   
          Avant d'entrer en classe, un peu plus tard, des enfants lui proposèrent malicieusement de jouer à la marelle. A la fin une fille commença à chanter Julie pas capable !, mais elle s'arrêta aussitôt. La dernière, ce n'était pas Julie, c'était elle. Sur les feuilles de dessin, ce jour-là, les bonshommes de Julie ne se brouillèrent pas. Il y eut un pot de peinture renversé - le vert- mais par la maîtresse, au moment où elle entendit Julie s'appliquer à lire une poésie qu'elle venait d'écrire et qui disait La mort peut tuer mais pas l'amour.
           Le soir, après la sortie de l'école, Julie s'éloigna sans que personne n'eut l'idée de l'embêter. Elle ne rentra pas tout de suite chez elle. Elle passa d'abord par le cimetière. Là, avec une pierre, elle grava cinq lettres sur la tombe muette. M A M A N. Et elle ajouta un cœur.

           A compter de ce jour, Julie Capable de Rien devint Julie Capable de Tout. Ou du moins capable de ce qu'un enfant peut faire dans sa vie d'enfant. Et les jours où, sans qu'elle puisse rien y faire, une grande tristesse emplissait son cœur, Julie allait fleurir la tombe de sa mère. On pouvait alors voir, dans le cimetière, une petite fille assise par terre, qui écoutait un gros chat noir lui raconter une histoire.


© Thierry Lenain

Thierry Lenain est né en 1959, il a écrit sa première histoire à l’âge de huit ans et vit actuellement près de Grenoble. Thierry Lenain aurait voulu exercer le métier de sage-femme pour pouvoir accompagner les enfants au moment de leur naissance, mais à cette époque les hommes ne pouvaient pas exercer ce métier. Il est alors devenu instituteur, toujours avec ce même souci d’accompagner les enfants. Il n’a cependant pas longtemps supporté l’idée que l’école, c’était juste pour apprendre aux  enfants à lire-écrire-compter. Il est devenu ensuite   éducateur.

Bibilographie en cliquant sur l'image. 

 

Site personnel de Thierry Lenain.

Anne Brouillard est auteur-illustratrice. Née en Belgique en 1967 à Leuven, d'une mère suédoise et d'un père belge, elle y grandit et suit quelques années plus tard des études artistiques à l'Institut Saint-Luc à Bruxelles. Elle publie son premier album en 1990. Cet ouvrage intitulé Les trois chats est très vite reconnu. Il est annonciateur du talent d'Anne Brouillard et se voit rapidement édité en Allemagne et aux Etats-Unis.
                                                                                     Biographie en cliquant sur l'image "Le chemin bleu".

Ci- dessous un film d'animation d'après l'oeuvre de Thierry Lenain. Cliquez !!: C'est sympa.










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